jeudi 7 octobre 2010

Le ministère du jour

C'est le ministère de l'occupation du territoire.

Je pensais au départ que c'était une autre façon de parler d'aménagement du territoire. Et bien, je ne pensais pas si bien dire. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que sur un territoire trois fois grand comme la France, les Québécois sont moins de huit millions. Autant dire qu'il n'est pas nécessaire d'aller dans le grand nord pour trouver des terres vierges. Même dans le sud, on peut trouver d'immenses forêts dans lesquelles ne s'aventurent que quelques chasseurs à l'occasion.

La problématique, avant même l'aménagement, est donc bien l'occupation du territoire. Et cet immense potentiel laisse rêveur.

vendredi 1 octobre 2010

Le syllogisme du jour

Comme l'explique très bien Louise Beaudoin, défendre le français dans le monde, c'est défendre la diversité linguistique en général.

Or, défendre la diversité linguistique c'est, en particulier, défendre ce que l'on appelle en France, avec toujours un peu de mépris, les langues régionales.

On peut donc affirmer que la défense et la promotion du fait francophone implique naturellement la défense et la promotion des langues dites régionales en France. Et inversement.

C'est à première vue un paradoxe, mais plus je comprend l'approche qu'ont les québécois avec les langues, plus je suis convaincu que la diversité est la vraie richesse. Au XXIe siècle, plus personne ne peut envisager sérieusement de ne parler qu'une seule langue, et la complémentarité oblige la coopération et la solidarité.

jeudi 30 septembre 2010

La loi du jour

C'est la loi 103.

Il faut d’abord savoir que le Québec donne à ses projets de loi des numéros. Par exemple, la loi faisant du français la langue officielle du Québec s’appelle la loi 101. Ce n’est pas un système plus bête qu’un autre, mais je n’ai toujours pas bien compris en vertu de quoi une loi portait tel ou tel numéro.

La loi 103 a vocation à préciser, entre autres, les conditions d’accès aux écoles anglophones. C’est actuellement un des débats les plus brûlants au sein de l’Assemblée Nationale. Mon but ici n’est absolument pas de prendre position pour ou contre cette loi, mais plutôt de partager mon bonheur total d’assister de près à ces débats. La question linguistique, et plus largement celle de l’identité et de l’appartenance, sont continuellement au cœur du débat public québécois. Et grâce à l’étude de la loi 103, qui soulève de fortes passions, c’est encore plus vrai en ce moment.

Le contraste avec les débats trop vagues, organisés à la sauvette et avec beaucoup d’amateurisme en France est saisissant. Moi qui venait justement ici avec l’envie de prendre du recul sur ces débats, d’avoir un aperçu de ce que peut être un débat passionné, certes, mais sérieux, je suis amplement servi. Et je suis d’ores et déjà certain que mes positions sur les questions de langues, en particulier les langues régionales, sur les questions d’appartenance à une communauté ou encore la question de la francophonie dans le monde seront profondément marquées par mes observations et mes rencontres ici.

mardi 21 septembre 2010

La (presque) remise en cause du jour

Une petite phrase, presque l’air d’un reproche, me trouble assez pour me faire remettre en question une position que je pensais pourtant bien solide : mon fédéralisme européen.

En effet, j’ai l’impression que certains militants souverainistes au Québec entendent notre fédéralisme comme identique à celui des fédéralistes ici. Ils semblent nous dire : «Pourquoi allez-vous vous enferrer dans cette galère dont nous voulons nous extraire ?». Et il est vrai que la question mérite d’être posée.

Dans l’hypothèse d’une fédération européenne, quelle sera la marge de manœuvre des gouvernements des états ? Les états les plus progressistes pourront-ils avoir les coudées franches ? Quelle serait notre réaction, par exemple sur l’avortement, si l’Union arbitrait démocratiquement en faveur des pays qui l’interdisent ?

Mais plus je passe de temps dans ce pays, plus je discute avec les gens et plus je m’intéresse à son histoire, plus je comprends qu’on ne peut pas faire de parallélisme entre le Canada et l’Europe. Pour une raison principale : vingt-sept états composent l’Union européenne, et au mois autant de peuples, sinon plus. En aucun cas, dans un régime démocratique, un seul peuple ne pourra imposer ses vues aux autres. La décision se fait, et se fera d’autant plus dans une fédération, sur des critères politiques. Pour reprendre mon exemple, je vivrai très mal une prohibition de l’avortement mais d’autres français pourraient la vivre bien. En tout état de cause, cette question est politique et non nationale. Et le rapport de force est susceptible de changer.

Par contre, outre les amérindiens, il y a deux peuples au Canada. Je ne saurais pour l’instant dire s’il est pertinent ou non de faire l’indépendance, mais il est certain que, dans un système où la prise de décision se fait à la majorité, les canadiens français ont toujours subi, et subiront encore, les décisions prises par les canadiens anglais. Certes, la spécificité des canadiens français est de plus en plus reconnue par le Canada, mais on ne peut pas faire abstraction de plusieurs siècles d’histoire où, objectivement, il a plus souvent été question d’assimilation des canadiens français (comprendre disparition de leur culture) que de respect. Cette question garde donc principalement un caractère émotionnel.

Pour conclure provisoirement, je suis un peu rassuré : même si je venais à admettre que la souveraineté du Québec est souhaitable, ça n’aurait pas d’incidence sur mon avis en faveur du fédéralisme européen. Par contre, et c’est exactement pour ça que je suis ici, je suis de plus en plus conscient des garanties qu’il faut établir avant de se lancer de manière irréversible dans cette voie.

mercredi 4 août 2010

la course du jour

C’est celle remportée par le duo Mekhissi–Tahri à Barcelone, et qui me permet de revenir sur la distinction fondamentale qui existe entre la compétition et l’émulation.

Les deux athlètes français faisaient face à une alternative. Soit ils courraient chacun pour soi en essayant de faire mieux que les autres, soit ils décidaient de construire leur course ensemble pour faire le mieux possible en établissant un chrono de niveau mondial. Il me semble qu’ils ont fait le bon choix.


Il existe en effet deux manières de progresser. On peut progresser de manière relative, par rapport aux autres. Cela implique d’abord l’existence de deux parties distinctes de la population qui ne progressent pas au même rythme. Cela implique aussi qu’il n’est pas nécessaire de progresser beaucoup du moment que les autres progressent encore moins. On peut même en arriver à s’accommoder d’une situation où l’on ne progresse pas du tout parce qu’on observe les autres subir une régression. On peut aussi envisager de freiner sciemment la progression des autres pour avoir l’impression de progresser plus vite. Dans tous les cas, on peut se demander où est véritablement le progrès. C’est, pour moi, la simple définition de la compétition : l’important est d’être au-dessus de l’autre.

On peut aussi progresser de manière absolue, non pas en faisant mieux que les autres mais en faisant le mieux possible. Dans ce cas, la progression des autres n’est pas un obstacle, mais plutôt une opportunité de prendre exemple, ou un défi à soi-même de faire encore mieux alors qu’on pensait être au maximum de ses possibilités. Voilà ce qu’est, pour moi, l’émulation : tirer des progrès des autres la motivation pour faire toujours mieux.
On le voit, l’approche n’est pas du tout la même.

Je pense néanmoins que ce qui fait qu’on penche plutôt pour l’une ou l’autre logique, c’est avant tout le but que l’on se fixe.

Dans le système capitaliste qui régie actuellement les relations entre les humains, l’indicateur de progrès est la production, l’accumulation et la concentration des richesses. Or ces richesses, sauf à croire au mythe de la croissance infinie, sont naturellement limitées. L’enjeu est donc bien la manière dont seront réparties les parts du gâteau et la lutte pour avoir la part la plus grosse par rapport aux autres. En tous cas, plus on accumule, plus on prive les autres. Que ce soit au niveau des états, des entreprises, des individus, la compétition fait rage. Jaurès lui-même avait ce mot : «le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage».

Les socialistes ne peuvent donc pas cautionner ce système, d’aucune manière et quels que soient les aménagements qu’on y apporte. Ils doivent au contraire travailler à définir de nouveaux indicateurs de progrès sur la base de richesses illimitées telles que le niveau d’émancipation, le bien-être, ou que sais-je encore. En tous cas, le genre de richesses qui ont une propriété magique : plus on les partage et plus on en a soi-même. On verra alors que les rapports humains s’en trouveront nécessairement modifiés puisque écraser l’autre rapportera moins que de le pousser à progresser aussi. On verra alors la coopération prendre le pas sur l’exploitation, et l’émulation sur la compétition.

mercredi 28 juillet 2010

l'abolition du jour

C’est celle de la pratique de la corrida en Catalogne.

Je tiens d’abord à préciser que si j’apprécie la corrida, je ne suis pas fermé a priori aux arguments en sa défaveur. Je peux aussi comprendre que ce spectacle, si l’on n’y est pas préparé, puisse choquer. Et je trouve enfin, et surtout, tout à fait normal qu’on puisse tout simplement ne pas aimer la corrida.

Pourtant, dans ce débat qui a eu lieu en Catalogne et que l’on connaît aussi bien dans le sud de la France, quelque chose me gène. Les arguments ne sont que de l’ordre émotionnel. Il n’y a à aucun moment un débat posé, rigoureux et raisonnable, sans préjugés.


D’une part du coté des pro-corridas, l’argument consistant à dire qu’il en a toujours été ainsi et qu’il ne faut donc rien changer n’est pas recevable. Le conservatisme n’est pas un argument en soi. Il faut donc aller chercher plus loin et retrouver, sinon l’origine de la corrida, du moins le rôle social qu’elle joue dans notre société, s’interroger sur son sens profond et sa portée symbolique. De plus, il faut certainement revoir certaines pratiques. Ce travail est loin d’être fait, ou reste très confidentiel.


D’autre part, du coté des anti-corridas, l’argument principal est celui de la maltraitance, de l’indignité, voire de la barbarie, du spectacle taurin. Certes, il est facile de faire pleurer dans les chaumières en montrant des images de corridas ratées (car il en existe, et certainement trop) mais si l’on se place sur le plan de la raison, on peut apporter plusieurs éléments qui rendent tout à fait relatives les quelques minutes que le taureau passe dans l’arène.


D’abord, je veux évacuer tous les arguments anthropomorphiques, que je considère comme irrecevables. Ils sont très puissants pour toucher les cœurs des gens, surtout dans nos pays et à notre époque, et tous les publicitaires ont bien compris cela. Mais non, définitivement, un animal n’a pas la même conscience qu’un humain, ni les mêmes sentiments.

Ensuite, n’oublions pas que de la même manière que des vaches sont élevées pour leur lait, des montons pour leur laine, des porcs et des bœufs pour leur viande, les taureaux de corrida sont sélectionnés et élevés dans cet unique but. Les militants végétaliens placent toutes ses formes d’exploitation de l’animal par l’homme sur le même plan et, d’une certaine manière, on ne peut pas leur donner tort. Soit on accepte en bloc la logique de l’élevage, soit on la rejette. Que je sache, les anti-corridas ne s’opposent pas à l’élevage en soi.

On peut aussi préciser ces conditions d’élevage. Le taureau de corrida est certainement un des animaux d’élevage qui connaît les meilleures conditions. Il passe l’immense majorité de sa vie en liberté, dans d’immenses étendues, ne croisant que rarement la moindre vie humaine. Les poules en batterie, les canards et les oies qu’on gave, les bœufs et les porcs surnutris vivant les uns sur les autres ou encore les vaches dont on garde artificiellement les pis gorgés de lait paraissent, si l’on y réfléchit bien, largement moins bien traités.

On me dira que la vie est une chose mais que c’est la mort du taureau, la corrida en elle-même, qui est choquante. Je répondrai que les conditions de vie ne sont tout de même pas rien.

Mais je répondrai aussi que l’on peut comparer également les conditions de mort. Quoi de plus indigne que les conditions dans lesquelles sont abattus les animaux dans les abattoirs ? D’abord par leur logique même, celle de la systématisation et de la rentabilité. L’animal vivant qui entre à l’abattoir est déjà une marchandise. Et si encore nos abattoirs occidentaux peuvent parfois s’enorgueillir de conditions acceptables, il faut bien se rendre compte que c’est une part infime des abattoirs dans ce monde. Alors oui, sans hésiter, je trouve que la mort du taureau de combat debout dans l’arène est bien plus digne.

La véritable différence, c’est que la mort dans l’abattoir ne se voit pas, alors que la mort dans l’arène est effectivement un spectacle. Faire de la mort un spectacle, voilà ce qui choque en vérité, voilà ce qui heurte la bonne morale. J’allais dire la bonne morale chrétienne, parce que je ne veux pas oublier que la tauromachie remonte à un âge où l’Europe n’était pas christianisée.

Voilà peut être, au fond, le véritable rôle social de la corrida : une catharsis face à la mort. La corrida rappelle, peut être un peu trop pour certains, que la mort est consubstantielle de la vie, que tout être vivant doit mourir et que cela est normal. La corrida fait peut être la preuve, d’une certaine façon, que la vie n’a pas de sens en elle-même et que tout ce que nous pouvons faire c’est de la rendre la plus belle et la plus intense possible, comme l’est, quand elle est bien faite, cette danse entre l’homme et l’animal.

mardi 27 juillet 2010

triste topique

Pour ceux qui trouvent que les mots ont un sens, les journalistes sont une source inépuisable d'émerveillement.

Suite à l'assassinat d'un humanitaire par un groupe terroriste en Afrique de l'ouest, une journaliste de France Culture a détaillé de manière intéressante la position compliquée de la diplomatie française vis à vis des terroristes dans cette région : "le gouvernement va donc tenter un coup de poker à trois bandes".

Quant à moi, je tenterai le bluff lors de ma prochaine partie de billard...