lundi 7 mars 2011

Le dilemme du jour

C’est un peu ira, ira pas. Parlant de la Lybie, bien sûr.

La situation est encore un peu floue, mais il est certain que Mouammar Kadhafi utilise la force armée contre le peuple libyen, soulevant une indignation bien naturelle de la part des observateurs internationaux.

Mais au-delà de l’indignation, quels gestes pose-t-on ? Comment se fait-il que la fameuse «communauté internationale», si prompte à s’émouvoir, le soit d’autant moins à agir ?

En fait, je ne suis pas tout à fait juste. Les Etats-Unis d’Amérique ne sont pas loin, certainement prêts à ne laisser à l’abandon ni le peuple libyen, ni ses puits de pétrole. Car le voilà bien le véritable problème. Comment passer outre cet a priori que quiconque interviendrait aurait sinon des vues colonialistes, du moins un intérêt à se trouver sur place au moment de la distribution des contrats ?

Les libyens semblent résolus à en finir avec ce régime qui les tient sous son joug depuis 1969. C’est un moment crucial de leur histoire sur lequel il serait vraiment dommage de laisser planer le doute de l’impérialisme. Une intervention en Libye dépossèderait du même coup les libyens de leur révolution.

Mais doit-on pour autant ne rien faire du tout ? Je crois qu’il suffit d’entendre ce que veulent les libyens, c'est-à-dire la fermeture de l’espace aérien au dessus du sol libyen. Cette mesure à le double avantage de faire disparaître un danger contre lequel les armes légères des insurgés ne peuvent rien et de ne pas nécessiter d’intervention sur le sol libyen.

L’USS Enterprise est déjà sur place, il reste à voir si le capitaine Kirk mettra ses actes en conformité avec son indignation.


lundi 28 février 2011

Les anonymes du jour

Ce sont bien sûr les ministres qui ne le sont plus.

On comprend bien, d'ailleurs, que Nicolas Sarkozy n'ait pas voulu les nommer, car il n'y a pas de quoi être fier. Michèle Aliot-Marie incarne à la fois l'échec patent de la diplomatie française et les conflits d'intérêt que ce gouvernement a érigé en mode de gouvernance. Quant à Brice Hortefeux, il est simplement de ces individus à cause desquels on ne peut plus dire que l'on est français sans un sentiment diffus de honte.

Au contraire, la politique étrangère de la France a été nommée, et plusieurs fois, sans qu'on nous en parle vraiment. Le changement de tête entrainera sûrement quelques ajustements marginaux, mais en l'absence de mots il faut donc juger les actes et je retiens de ces derniers jours que la ministre des affaires étrangères empêchée a été remplacée dans les voyages importants par la ministre de l'économie. C'est tout dire.

Quelque chose me plait néanmoins dans cette période : la place que pend la politique étrangère sur la scène nationale. Les Tunisiens peuvent enorgueillir du nombre de ministres qu'ils auront fait tomber.

A ce sujet, le discours de Nicolas Sarkozy m'a rappelé un refrain :
"Je voudrais sans la nommer
Vous parler d'elle..."
Car s'il a eu assez de vergogne pour ne pas nommer les ministres déchus, il n'a pas non plus souhaité nous donner le nom de celle qui est finalement responsable de tout ça et qui, j'espère, prendra de plus en plus de place, ici et ailleurs, pacifique ou un peu moins, en tous cas démocratique.
"On l'appelle Révolution permanente."


jeudi 10 février 2011

Le conseil du jour

C'est celui que nous donnait Jacques Prévert, il y a déjà longtemps. Pourtant ce conseil est d'une actualité éclatante aux yeux de qui observe comment est gouverné notre monde.

Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
Le monde mental Messieurs
N'est pas du tout brillant
Et sitôt qu'il est seul
Travaille arbitrairement
S'érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs du bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.

mardi 1 février 2011

La mauvaise note du jour

C'est celle qu'on donne évidemment aux mauvais élèves.

Ces affreux garnements qui cherchent à s'émanciper, à faire leurs devoirs par eux-même au lieu de copier bêtement sur les premiers de la classe. Ceux qui osent dire au surveillant qu'ils en ont assez de faire des lignes et qu'ils préfèreraient aller jouer dans la cour des grands. Ceux qui sont curieux des nouvelles technologies, qui se montrent créatifs, qui veulent s'amuser avec l'art et faire de la culture un levier pour s'épanouir.

Ceux-là ne méritent donc qu'un bon coup de règle sur les doigts et d'aller se calmer au coin. Ils reprendront leur place au fond de la classe quand ils auront compris qu'il n'y a rien a comprendre et qu'il suffit de réciter comme on leur a appris.

Comment ça, c'est injuste ? Plus aucun pédagogue digne de ce nom n'appliquerait de tels préceptes ?

C'est pourtant bien ce que font les agences de notations aux pays qui voudraient gagner en maturité, non ?



jeudi 20 janvier 2011

La valse du jour

C’est la valse des dictateurs. Un œil cynique trouverait ça drôle.

En Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali quitte le pouvoir bien malgré lui a hum de cailhau. Et c’est bien le cas de le dire tellement tout semble prêt à s’embraser, pour le meilleur ou pour le pire. En parlant de cailloux, certains n’ont pourtant pas été oubliés dans le déménagement. Chacun ses valeurs.
Heureusement, le monde s’indigne. Ouf, on aurait pu croire à un moment que le régime était soutenu par les démocraties occidentales, la France en tête.

En Haïti tout au contraire, c’est le fracassant retour de Baby Doc, aka Jean-Claude Duvalier. Profitant du chaos politique – voire du chaos tout court – il fait un retour remarqué dans le pays qui a été sous sa férule, et celle de ses tontons macoutes, de 1971 à 1986. La justice haïtienne parait prendre des dispositions, mais l’ancien dictateur est toujours libre.
A noter que Jean-Claude Duvalier ne sort pas de nulle part puisqu’il vivait son exil… en France.

Enfin, il nous faut citer le cas de la Biélorussie. Alexandre Loukachenko vient d’y être réélu président avec près de 80% des voix et sera réinvesti demain. Depuis 1994, il a eu le temps d’éprouver un système électoral qui lui réussit plutôt bien : molester et emprisonner les autres candidats avant même la fin du scrutin pour éloigner les gêneurs lorsque l’on proclame les résultats « officiels ». Certes, il se trouve toujours quelques fauteurs de troubles pour aller se jeter sous les matraques de la police, mais les fameuses démocraties occidentales sont fort opportunément trop occupées à expliquer à quel point elles détestent le régime tunisien depuis toujours. Et puis s’il y avait des dictatures en Europe, ça se saurait.

Bref, Ben Ali peut être serein. Les démocraties occidentales veillent au grain. Elles regrettent certainement en secret qu’il n’ait pas eu la dextérité de Loukachenko, mais elles regarderont d’un œil bienveillant, bien que discret, un éventuel retour à la Duvalier.

Je vous l’ai dit : un œil cynique trouverait ça drôle.

lundi 10 janvier 2011

L'innovation du jour

C’est celle sans laquelle ne pourra survivre l’industrie de notre pays.

Effectivement, plus personne ne peut sérieusement affirmer que l’économie de la France pourra se satisfaire du seul secteur tertiaire. Cela implique donc une véritable politique industrielle et des investissements massifs en recherche, développement et innovation.

Pourtant, on annonce ces derniers jours près de cent licenciements chez Photowatt, premier fabricant de panneaux photovoltaïques en France, afin de «faire face à un marché mondial très concurrentiel». C'est-à-dire qu’on délocalise. Et cela nous rappelle de manière un peu abrupte que ce qui est innovant un jour ne l'est plus le lendemain.

Il ne faut donc pas confondre ce qui est indispensable et ce qui est suffisant. L’innovation, le développement de technologies de pointe sont certainement nécessaires à une politique industrielle digne de ce nom. Mais pas suffisantes.

Il faut aussi ce souvenir que, par nature, une innovation chasse l'autre et que c'est un facteur d'instabilité qui induit une certaine pression sur la production industrielle. Pour empêcher que cela ne se traduise par exemple par un mal être social ou des conséquences environnementales, il faut contrebalancer cette instabilité.

Je propose aux responsables politiques d’innover en prenant un peu plus au sérieux les débats qui naissent à gauche sur la question du protectionnisme.


jeudi 6 janvier 2011

La catastrophe du jour

C'est celle qu'a vécue la Guadeloupe ces derniers jours avec la mort de plusieurs personnes suite aux inondations et glissements de terrains.



Loin de moi l’idée de nier le caractère évidemment tragique de ce fait. Mais ma surprise vient du traitement massif qui a été réservé à cette information par les media métropolitains.

Au vu de l'air perplexe du préfet de la Guadeloupe, interrogé lors du journal de la nuit de France 3, je n'étais pas le seul surpris par cet intérêt aussi immense que soudain. Face au présentateur qui attendait une description croustillante et néanmoins cataclysmique de la situation, notre bon préfet n’a pu que répondre que tout était finalement assez vite rentré dans l’ordre, décevant profondément les attentes du présentateur qui a rapidement abrégé la discussion.

Le fait que les Antilles et la Guyane vivent des mouvements sociaux de grande ampleur de manière chronique depuis les événements de 2009, et pour les mêmes raisons auxquelles aucune réponse satisfaisante n'a été apportée, semble par contre totalement dépourvu d’intérêt.

Quitte à parler de véritable catastrophe penchons nous plutôt sur le traitement de l’information dans notre pays.