mercredi 9 mai 2012

Le troll du jour

C'est Maryse Joissains-Masini, sorte de Nadine Morano botoxée façon bouillabaisse.

Pour les non-initiés, un troll est une personne qui occupe délibérément un espace de débat, en particulier sur internet, avec des arguments outranciers pour décourager tout contre argumentaire raisonnable et les participants de bonne foi. La campagne présidentielle a été l'occasion de révéler un bon nombre de talents dans ce domaine, de tous les bords de l'échiquier politique. L'utilisation accrue de twitter a fait que des militants de bonne foi mais fanatisés ou avec peu de recul sur un discours formaté sont tombés, malgré eux, dans le trollage.

Le cas de Maryse Joissains est un peu particulier. La maire d'Aix-en-Provence a fait une première déclaration dès l'annonce des résultats pour considérer que l'élection de François Hollande n'était pas légitime. Le mot est fort et en contradiction totale avec la ligne de l'UMP, son parti. Mais on pouvait mettre ce dérapage sur le compte de l'émotion et de la déception. Seulement voilà, il y a eu récidive et, plus encore, Maryse Joissains a déposé un recours devant le Conseil Constitutionnel.

Ce n'est donc pas seulement une déclaration malheureuse, c'est un acte politique avec un objectif et reposant sur une stratégie. Reste à savoir lesquels. Alors je me lance dans une proposition et la comparaison avec Nadine Morano, ministre plus chargée des annonces tonitruantes visant à détourner l'attention que de la formation professionnelle, au-delà de la classe naturelle qu'elles ont en commun, prend tout son sens. Maryse Joissains n'est pas seulement maire, elle est aussi députée des Bouches-du-Rhône, candidate à sa succession en juin prochain. Dans le contexte d'élections législatives dont l'enjeu principal est de donner ou non une majorité au Président élu pour gouverner, les candidats dans les 577 circonscriptions ont logiquement un peu de mal à tous accéder à la notoriété dont ils rêvent. Or la stratégie trollatoire de Maryse Joissains lui confère d'un seul coup une présence médiatique largement supérieure à n'importe lequel de ses concurrents dans sa circonscription et sans que cela ne lui coûte le moindre centime. Quand on sait que c'est justement sur la question des frais de campagne que porte son recours, dont elle est parfaitement consciente qu'il n'aura aucune suite, contre l'élection du nouveau Président, on peut mesurer toute l'ironie de cette situation et le cynisme dont peuvent faire preuve celles et ceux qui sont prêts à tout, et surtout n'importe quoi pour exister.


mardi 8 mai 2012

Le caméléon du jour

C'est Nicolas Sarkozy.

Celui qui est encore Président de la République en exercice pour quelques jours sera rentré dans tous les costumes durant cette campagne. Il a d'abord voulu reprendre la posture de François Mitterrand, Président serein qui laisse le temps au temps, le premier à affronter victorieusement une réélection. Mais pressé par l'UMP paniqué à la vue des sondages et conseillé par des anciens (parfois pas si anciens) de l'extrême droite qui ont la haine de tout ce qui est de gauche chevillée au corps, il finit pas céder et anticipe sa candidature. Dans la précipitation, il semble même oublier que Mitterrand, tout comme Chirac, a été réélu alors qu'il sortait d'une période de cohabitation et que donc la politique gouvernementale ne pouvait lui être imputée. Comment le Président de tous les pouvoirs pouvait-ils jouer ce rôle ? De plus, Mitterrand avait un vrai bilan symbolique dont il pouvait être fier, avec l'abolition de la peine de mort, la dépénalisation de l'homosexualité, les radios libres, etc. Toutes ces choses qui font qu'un Président peut rassembler les républicains au delà de son camp. Ça ne pouvait pas marcher.

Face à ce premier échec stratégique, il a pris le costume de Giscard, le Président qui a l'expérience des crises et qui est le plus compétent pour continuer à conduire le pays dans la conjoncture actuelle. Mais il fait face aux mêmes écueils que ceux qui ont fait perdre son prédécesseur : le bilan catastrophique, les affaires, la stature internationale pas si reluisante... Les mêmes causes produisant les mêmes effets, auxquels on peut ajouter la teinte brune qui a coloré tout son mandat et qui s'est particulièrement accentuée entre les deux tours, l'échec stratégique est devenu un échec tout court. François Hollande est le nouveau Président de la République.

Mais Nicolas Sarkozy tente une nouvelle expérience. Maintenant qu'il part, peut-être songe-t-il enfin à la trace qu'il va laisser. Alors il tente la stratégie Chirac. Le Président bonhomme qui fait un discours d'adieu tout personnel et bien simple, qui invite benoîtement son successeur à le seconder dans les cérémonies officielles, en républicain exemplaire. Dira-t-on bientôt de Sarkozy ce qui se dit de Chirac ? Ce Président, petit vieux un peu gaga qui est finalement bien sympathique et à qui on excuse bien des choses ? Nouvelle erreur s'il l'on m'en croit.

Car d'abord Sarkozy ne part pas parce qu'il est vieux, mais parce qu'il a perdu. Là encore il se destine plutôt à une longue carrière à la Giscard, errant dans les limbes tel celui qui a été mais dont on ne peut pas encore dire qu'il n'est plus. Puis si on regrette Chirac, c'est parce que Sarkozy lui-même. Difficile de croire qu'on va regretter Sarkozy parce que Hollande. Enfin et surtout parce que Chirac s'est engagé très tôt dans la voie de la vacuité politique, laissant gouverner le gouvernement, ce qu'on ne saurait lui reprocher d'ailleurs. Il n'a finalement été lui-même en première ligne que pour la gloriole comme lors du veto français à la guerre en Irak. Sarkozy a d'emblée fait le choix d'être responsable de tout. Il faudra donc qu'il assume et la semaine qui le sépare de l'investiture de son successeur ne suffira pas à faire oublier toutes les bonnes raisons pour lesquelles les français n'en veulent plus. Et espérons que la justice ne va pas non plus lui accorder ce traitement de faveur.

Finalement, Nicolas Sarkozy n'est que lui-même. Il avait pensé sa vie pour devenir Président et, une fois fait, tout n'a été qu'improvisation. Maintenant c'est sa famille politique qui va en faire les frais. Son attitude soudain républicaine coupe court à la stratégie de "3e tour" des législatives développée par l'UMP en donnant toute légitimité à François Hollande. Et tout son mandat ayant renforcé la frange tentée par le rapprochement avec l'extrême droite face aux républicains de souche gaulliste, le parti sort de cette campagne profondément divisé.


jeudi 26 avril 2012

Lettre d'un militant du 21 avril au futur Président de la République

François,

Je m'adresse à toi comme au futur Président de la République non seulement parce que les pronostics, non seulement parce que l'espoir mais surtout parce que ta victoire, notre victoire le 6 mai prochain est une absolue nécessité.

C'est nécessaire pour le France, mon pays que j'aime mais dont j'ai eu si souvent honte ces dernières années, déjà bien trop à l'échelle de ma vie qui n'est pourtant pas encore si longue. C'est nécessaire pour l'Europe, ce projet auquel ma génération croit comme on croit à une évidence, mais dont nous aimerions maîtriser la construction, et non la laisser à des experts autoproclamés qui ont jusqu'ici surtout fait la preuve de leur dogmatisme et de leur incompétence.

C'est surtout nécessaire pour moi, et avec moi toute une génération qui s'est indignée en 2002. Indignée contre la France qui n'est pas allée voter et qui a permis l'accès du Front National au deuxième tour de l'élection présidentielle, mais indignée surtout par le gouvernement et le Parti Socialiste qui n'ont pas été capables d'être crédibles et de mobiliser. Beaucoup sont venus en même temps que moi dans ce parti pour le changer. Beaucoup l'ont quitté, désillusionnés par la lenteur du changement pourtant promis sans cesse et par la compromission de ceux qui, la veille, portaient la rénovation à corps et à cris. En bref, désillusionnés par une façon de faire de la politique propre au siècle dernier dont, je suis désolé de te le dire, tu as été le responsable durant de longues années. Mais d'autres se sont accrochés, comme moi, et ont continué de croire que le socialisme ne peut vivre que par le Parti Socialiste et que notre parti a un avenir. L'organisation et la réussite des primaires et de l'immense campagne de mobilisation sur le terrain nous ont, je crois, en partie donné raison. Et maintenant la victoire semble à portée de main.

Mais l'est-elle vraiment ? Je ne veux pas oublier pourquoi je me suis engagé. La lutte contre l'extrême droite. Je ne veux pas et je ne risque pas de l'oublier tant cela m'a été rappelé abruptement, douloureusement par la perte insensée de nos camarades norvégiens. Car l'extrême droite, partout, sait comme nous le savons que le socialisme est la meilleure arme contre elle. Dix ans après 2002, le Front National n'est certes pas au second tour de l'élection présidentielle, mais il a doublé son nombre de voix. Je crois que c'est presque pire. La faute au cynisme du candidat sortant ? La faute à la désinvolture et la défaillance du gouvernement actuel ? Admettons. Mais le résultat est bien là et il représente à mon sens l'un des défis majeurs de ton mandat à venir car c'est notre République qui est en jeu. Et c'est justement le rôle primordial du Président que de la préserver.

Alors je te le dis sans détour, et avec moi tous ceux qui n'ont pas accepté le 21 avril 2002 comme une fatalité : tu ne pourras pas, le gouvernement que tu vas nommer ne pourra pas gouverner comme vous avez gouverner de 1997 à 2002. Non, je ne rejette pas les avancées qui ont eu lieu sous ce gouvernement mais je dis simplement qu'il faudra voir chaque petit renoncement, chaque petit arrangement comme un coup de pouce à l'extrême droite. Etre crédible, ce ne sera pas expliquer pourquoi tout ne sera pas possible parce que le contexte ou quoi que ce soit. Etre crédible, ce sera tenir le cap, comme tu l'as fait durant cette campagne, parce que l'on sait où l'on va quoi qu'en disent les "experts" et les tenants de l'ordre établi.

Etre crédible, ce sera redonner confiance dans l'action politique en faisant vraiment une République irréprochable, en faisant toute la lumière sur les affaires qui donnent au gouvernement actuel un air de cartel du crime organisé, en donnant à la justice toute l'indépendance dont elle a besoin, en garantissant la liberté de la presse autant vis à vis du pouvoir politique que des forces de la finance, en rénovant nos institutions et en mettant une bonne fois pour toutes fin au cumul des mandats qui est tout simplement une aberration que l'ensemble des pays démocratiques regarde avec incrédulité.

Etre crédible, ce sera redonner un sens aux valeurs de la République. Plus nos concitoyens seront intimement convaincus que les notions de Liberté, d'Egalité et de Fraternité ont une application concrète dans leur vie, plus ils voudront les défendre. Il faudra donc lutter sans cesse contre toutes les discriminations et garantir l'égalité des droits. Il faudra mettre un terme rapide au traitements indignes dont sont victimes des êtres humains, quel que soit leur statut, sur le territoire de la République. Il ne faudra jamais transiger avec la laïcité car la liberté absolue de conscience est le socle de toute émancipation et la démystification est la base du vivre-ensemble.

Etre crédible, ce sera innover. Innover sur tous les fronts parce qu'il n'y a aucune raison que les recettes qui ont échoué au 20ème siècle fonctionnent au 21ème. Sur l'emploi, sur l’environnement, sur la politique industrielle, sur la gestion budgétaire et j'en passe parce qu'au fond tout cela se tient, il faudra innover et faire confiance aux solutions que peut proposer la nouvelle génération.

Etre crédible, ce sera donner un avenir à la jeunesse. Et ça ne veut pas dire lui en donner un "clef en main" pensé pour elle à sa place. Ceux et celles qui n'ont jamais connu le Mur de Berlin et l'alternative politique qu'il représentait, celles et ceux qui n'ont jamais connu l'amour sans l'obligation de se protéger de celui ou celle avec qui on le pratique (suspicion la plus intime et la plus angoissante parce que la plus absurde), ceux et celles qui n'auront jamais la facilité de polluer pour faire de la croissance, celles et ceux qui sont connectés en permanence avec leurs semblables au coin de la rue comme à l'autre bout du monde n’appréhendent pas le monde comme leurs parents et doivent pouvoir apporter leur originalité dans la construction du monde dans lequel ils vivront et dans lequel, je suis désolé de le dire ainsi, ceux de ta génération ne vivront plus.

Je t'accorde qu'il n'y a peut être rien de bien original dans cet espèce de catalogue de préconisations que je viens de faire. Mais tant pis. Je reste convaincu que la véritable victoire ne se jouera pas le 6 mai prochain (j'ai déjà dit que celle-ci était absolument nécessaire) mais en 2017 lorsque viendra le temps de savoir si oui ou non nous aurons été capables de battre l'extrême droite, quelle que soit sa forme à ce moment là. Car l'actualité nous prouve que la droite, du moins une partie, ne sera pas notre alliée dans ce combat pour la République et contribuera un peu plus au brouillage des pistes, ajoutant un obstacle à un parcours déjà compliqué.

Compte sur moi, compte sur nous, François, pour faire campagne sans relâche jusqu'au bout, jusqu'au 6 mai, jusqu'à l'élection d'une majorité forte au Parlement pour travailler à tes cotés. Mais compte aussi sur moi pour rester vigilant au-delà de ces échéances. Parce que je me souviens pourquoi je me suis engagé.

dimanche 4 mars 2012

Les 75% du jour

En France, François Hollande a annoncé son intention de créer une tranche marginale d'imposition à 75% pour les revenus supérieurs au million d'euros, s'il est élu. Au Québec, le gouvernement de Jean Charest a annoncé son intention d'augmenter les frais d'inscription dans l'enseignement supérieur de 75% sur les cinq prochaines années. Ces deux annonces bien différentes autour d'un taux qui est pourtant le même (75%) me donnent l'occasion de montrer assez simplement quelle est la différence entre deux visions du monde, une libérale et une socialiste.

La proposition libérale, c'est évidemment celle d'augmenter les frais de scolarité. Ceux qui souhaitent faire des études doivent payer pour ça, tels des voyageurs qui souhaitent prendre l'avion ou le train, tels des clients qui souhaitent manger une pizza dans un restaurant. Dans chacun de ces cas, on peut envisager une aide de l'Etat selon que celui-ci souhaite ou non encourager la consommation de ce service. Pour la pizza, on peut baisser la taxe de vente sur la restauration. Pour les transports, on peut envisager des tarifs sociaux. Pour l'éducation, on peut mettre en place des bourses ou des prêts étudiants. Ces dispositifs entrainent une part de dépense publique, financée par l'impôt, que l'on va chercher à réduire en faisant appel à des financements privés. Mais au fond, il s'agit toujours de payer pour un service que l'on consomme.

Face à cette logique, il en existe une autre qui considère que l'éducation, au même titre que la santé, la sécurité, etc., est un droit fondamental auquel chacun doit avoir accès quels que soient ses ressources ou les conditions sociales dans lesquelles il vit. Que peu importe d'où l'on vient et qui l'on est, la société a le devoir de pousser chacun vers l'excellence, c'est à dire le maximum de ses talents dans le domaine auquel il aspire. Que ce droit offert à tous bénéficie de toutes façons à la société dans son ensemble. Dans ce cas, il faut établir un système solidaire et juste de redistribution des richesses produitent par tous. Car non, le patron d'une multinationale qui gagne plus d'un million d'euros par an n'est pas plus ou moins responsable, n'a pas plus ou moins de mérite quant à la production de richesse que la masse de ceux qui créent et travaillent sous ses ordres au salaire minimum et à qui il faudrait deux vies entières pour accumuler un montant égal. La création de richesse est le résultat d'un travail collectif, la richesse créée doit donc être justement répartie.

Le taux est le même : 75%. Mais deux modèles radicalement différents sont posés sur la table. L'un comme l'autre a ses qualités et ses défaults. L'un comme l'autre peut conduire à des dérives s'il n'est pas gouverné par la démocratie. L'un n'est pas forcément absolument exclusif de l'autre. C'est en tous cas à chacun de choisir la société dans laquelle il veut vivre. Et ce choix, on le voit, dépasse les frontières et les océans.

jeudi 16 février 2012

Le référendum du jour

C'est assez troublant comme deux actualités, de chaque bord de l'océan, peuvent parfois se télescoper sur un mot. Hier c'était le mot référendum dont il a été question en France comme au Québec.

Le référendum a ses inconvénients et ses avantages, ses détracteurs et ses adeptes. On peut l'accuser de dévoyer la démocratie représentative mais on peut aussi en faire l'outil d'expression d'un peuple à un moment crucial. Je pense surtout que le référendum est essentiellement un outil et que, comme pour tout outil, c'est la façon dont on l'utilise et l'objectif pour atteindre lequel on y a recours qui déterminent se légitimité ou non. Alors comparons.

A ma droite, la France. Nicolas Sarkozy évoque depuis quelques jours cette idée d'organiser des référendum sur des sujets tels que le chômage ou l'immigration. Il a confirmé cette intention hier lors de sa déclaration de candidature. Comment ? Bien que la Constitution prévoit quelques gardes-fous, il peut décider à peu près seul de la question qui sera soumise aux français et de la date du scrutin. Selon une vision bonapartiste/gaulliste, c'est entre lui et le peuple que ça se passe. Pourquoi ? En l’occurrence, ce n'est qu'une promesse puisqu'il lui faut d'abord rester Président. Le but est donc clairement électoraliste. Une tentative quand même un peu pathétique de convaincre (de se convaincre ?) qu'il existe encore quelque chose entre les français et lui. De plus, il le fait avec ces sujets dont il a le secret et qui ne peuvent que conduire à la caricature sinon la stigmatisation. En détournant ainsi l'outil de démocratie directe que peut être le référendum, auquel les français sont effectivement attachés, et en poussant à toujours plus de division, il ne fait qu'aggraver le ressentiment à son encontre, selon moi.

A ma gauche, le Québec. Ici, c'est Pauline Marois qui annonçait hier les cinq mesures que mettrait en œuvre le Parti Québécois pour améliorer les institutions démocratiques.


Parmi ces cinq mesures, on trouve le référendum d'initiative populaire, autour duquel on a glosé pas mal dans les médias ces dernières semaines. Dès le nom, on note que l'optique est renversée, il ne s'agit plus d'un homme seul qui s'adresse de manière plus ou moins paternaliste à "son" peuple, mais d'un peuple qui s'organise pour interpeller ses responsables politiques. Comment ? On l'entend clairement dans le message de Pauline Marois, selon des règles précises qui évitent les débordements et respectent le rôle du parlement mais surtout, et c'est ce que je trouve très pertinent, qui incite les citoyens à une action collective et au rassemblement. Mobiliser 15% de la population, ce n'est pas rien. Mais si on y arrive, quel élan, quelle force d'entrainement pour la campagne référendaire qui suit ! Pourquoi ? Là encore ce n'est qu'une promesse pour le cas où le PQ formerait le prochain gouvernement. Mais ce n'est pas la promesse d'aborder tel ou tel sujet pour flatter un électorat, c'est la promesse de plus de débat démocratique, de plus d'investissement de chacun et de tous dans la vie collective.

J'aime décidément beaucoup cet exercice de comparaison, de mise en perspective, de regarder ici avec les yeux de là-bas et là-bas depuis ici parce que j'en déduis presque toujours qu'au fond rien n'est bon ou mauvais en soi. Mais il y a des valeurs et des principes qui sont autant de toises pour mesurer ce qui est juste ou non.

mardi 14 février 2012

L'entrevue du jour : Peggy Nash

Peggy Nash, députée du Nouveau Parti Démocratique au parlement du Canada, est candidate à la succession de feu Jack Layton comme chef du NPD. J'ai pu la rencontrer en marge du débat public entre les candidats à ce poste organisé hier à Québec. Vous pourrez certainement trouver de bons compte-rendus de ce débat dans les médias canadiens. Mes questions portent plutôt sur les sujets que j'ai l’habitude de traiter sur ce blogue.




Quelles sont vos trois priorités dans cette campagne ?
Ma toute première priorité est de bâtir le mouvement. Ici au Québec, nous avons connu lors des dernières élections ce qui a été appelé la "vague orange" qui nous a donné un grand nombre de députés. Mais il faut reconnaître que sur le terrain nous n'avons pas encore la structuration nécessaire. Le développement du NPD au Québec est un grand défi mais dans le reste du Canada, nous devons aussi travailler fort pour être capables gagner de nouveaux sièges aux prochaines élections et former le premier gouvernement NPD.
Sur le fond, j'ai mis les questions économiques au cœur de ma campagne. Je veux combattre l'idée reçue de l'incompétence du NPD sur ce sujet avec trois objectifs : la création d'emplois de qualité, l'investissement public dans les infrastructures et les transports en commun et la croissance écologique.
Enfin, je veux montrer qu'au delà de Jack, il y a au NPD toute une équipe de grande qualité. Je peux résumer en un mot : la crédibilité. La crédibilité de nos idées sociales-démocrates et la crédibilité de notre équipe.

Le débat d'aujourd'hui portait sur la place du Canada dans le monde. Pour poursuivre un peu sur cette thématique, pensez-vous que le NPD puisse s'investir un peu plus dans l'Internationale Socialiste qu'il ne l'a fait ces dernières années ?
Oui. Mais il faut savoir qu'avec quatre élections générales en sept ans, nous avons surtout été sur le terrain. Et je vous l'ai dit, comme nouvelle chef, je vais devoir bâtir le parti ici au pays. Mais il est important d'être à l'écoute et d'avoir des échanges avec les autres pays socialistes et sociaux-démocrates. Il est inutile de réinventer des solutions qui existent déjà ailleurs.

Plusieurs pays font face à des difficultés importantes, surtout en Europe, du fait de leurs dettes et la situations est en train de dégénérer en Grèce. Quelle est votre approche des politiques de rigueur qui sont préconisées ?
J'admire les pays qui arrivent à offrir à leurs citoyens de très bonnes conditions de vie. Je pense à la France, l'Allemagne ou encore à la Suède. Il faut se souvenir que ce sont les mauvaises pratiques révélées en 2008 qui ont provoqué cette situation. Or les responsables sont toujours impunis. Il faut plus de réglementation dans le secteur financier, en particulier une taxe sur les transactions financières. J'ai entendu que le Président français a annoncé qu'il le ferai même seul. Ce n'est pas réaliste. Il faut le faire à plusieurs, mais il faut le faire.
J'ai l'habitude de dire que l'austérité n'est pas le moyen d'aider une économie en difficulté parce que ça empire le chômage et la dette. Il faut relancer l'investissement pour relancer la croissance. Au Canada, les conservateurs vont nous imposer un budget de rigueur or notre balance commerciale est déficitaire, les entreprises privées n'investissent plus et les ménages sont très endettés. Le seul levier restant est l'investissement public.

jeudi 9 février 2012

La finale de 100 mètres du jour


C’est une image que je vais utiliser pour vous parler des élections générales au Québec.

Aujourd’hui plus que jamais, tous les partis provinciaux sont dans les starting-blocks et attendent avec impatience le signal du départ. Amis français, préparez-vous à un choc culturel : au Québec, le mandat des députés n’a pas de durée fixe. C’est le Premier ministre, chef de la majorité parlementaire, qui décide seul de la date du prochain scrutin. Entre l’annonce et l’élection, il se passe un mois. Juste un mois de campagne électorale. Voyez si la comparaison avec le sprint prend tout son sens.

Un 100 mètres quand même un peu spécial puisqu’il se court en équipe. En effet, le scrutin est uninominal à un tour. Dans chaque circonscription, le candidat arrivé en tête est élu député, quel que soit son score. Imaginez donc une ligne de départ avec dans chaque couloir un champion, le chef du parti, entouré de tous les candidats que son parti présente dans chaque circonscription. Ça en fait du monde sur la piste. Alors, pour y voir clair, et puisqu’ils n’ont qu’un mois pour trancher, les québécois se focalisent souvent sur le chef et votent pour le parti, sans réellement tenir compte de qui est le candidat local. Nous ferons de même.

Je vous laisse consulter les sites spécialisés pour ce qui est des outsiders de cette course et je ne vais ici me focaliser que sur les trois partis qui ont une chance réelle d’être sur le podium à l’arrivée.

Commençons par le nouveau venu : la Coalition Avenir Québec. Nouveau venu, parce que c’est la première fois que ce parti participe à la course. C’est d’ailleurs son argument principal : le renouveau. Mais si on regarde un peu mieux le chef, comme les autres candidats un peu connus, on constate qu’il s’agit plutôt d’une sorte d’équipe de vétérans dont les autres partis ne voulaient plus ou dont le parti d’origine n’était tout simplement pas sûr de pouvoir s’aligner seul (l’ADQ par exemple). Ce parti a tout intérêt à ce que la course soit lancée le plus tôt possible car chaque jour qui passe, c’est un peu du verni de la nouveauté qui s’effrite pour laisser voir la dure réalité.

Au rang des solides prétendants, il y a bien sûr le Parti Québécois. Solide est quand même un bien grand mot tant il est vrai qu’il est toujours en phase de convalescence après une blessure qui a laissé craindre le pire (je fais bien le commentateur sportif, hein ?). Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà développé ici, mais des partis qui ont été au fond du trou et qui se relèvent encore plus fort, on en a connu, et le PQ, fort de la détermination de sa chef, Pauline Marois, et de ses toujours nombreux militants, est indéniablement dans une phase ascendante. S’il est moins pressé que la CAQ, il aimerait cependant profiter de ce regain de vigueur pour se lancer dans la course.

Enfin, le Parti Libéral au pouvoir. Son chef Jean Charest, le Premier ministre, est à la fois coureur et starter de cette course, ce qui lui donne un avantage indéniable. Il est cependant très usé par neuf ans de pouvoir et des scandales financiers à répétition. Il aurait tout intérêt à attendre que la CAQ se désagrège encore un peu et éventuellement de parier sur une de ces rechutes dont le PQ a le secret. Mais il est aussi pressé par une commission d’enquête sur le milieu de la construction, qui doit débuter dans les prochaines semaines, et qui pourrait éclabousser du monde de son entourage, sinon directement lui-même. En tous cas, son arbitrage ne se fera pas selon ce qui est le mieux pour le Québec mais bien en fonction de ce qui est le moins pire pour lui. Un avantage à double tranchant car si les québécois sont très patients, ils n’aiment pas non plus qu’on les prenne trop longtemps pour des idiots.

Comme dans un sprint, toute équipe qui veut gagner doit surtout avoir une préparation irréprochable. De ce coté, chacun a affûté ses armes. On attend plus que le signal de départ. Et que le meilleur gagne.